MARIE ANTOINETTE

Samedi- 13h00. Broutille est à la sieste, c'est l'heure pour Tisane de passer un temps calme dans sa chambre. Je l'accompagne, la mets au lit avec assez de livres à feuilleter pour tenir une bonne heure. Une seule consigne: 'je veux que tu restes dans ton lit pour te reposer. Je ne veux pas que tu sortes de ce lit avant que je te le dise.'

Environ trente minutes plus tard, j'entends des petits pas fureter sur le parquet.Absorbée par mon ordinateur, je ne réagis pas. Soudain, j'entends un gros BOUM....quelques secondes après, des hurlements. Je monte à l'étage en quatrième vitesse, ouvre la porte de la chambre de l'aînée, la vois debout sur son fauteuil à côté de la cheminée...par terre, 'la madame de la cheminée' qui se la joue Marie-Antoinette....décapitée par sa chute. Tisane continue de hurler, en me regardant.

 'elle t'a fait mal en tombant? elle est tombée sur ton pied? sur ta main?'

elle parvient à peine à me répondre tant elle suffoque. Je comprends que non, qu'elle se met dans cet état juste parce qu'elle estime avoir fait une bétise, qu'elle a peur de m'avoir déçue, peut-être que je me fâche. Je la prends dans mes bras, essaie de la consoler, lui parle tout doucemen:

'ça n'est pas grave ma chérie, ça arrive à tout le monde de casser quelque chose, tu n'as pas fait exprès, tiens moi l'autre jour j'ai cassé trois verres d'un coup, tu te rends compte?

'ça n'est pas grave alors maman?'

'non,ça n'est pas grave du tout, on essaiera de la réparer.'

Elle se calme.

'Par contre, il me semblait t'avoir demandé de rester dans ton lit. Tu as désobéi, et c'est parce que tu as désobéi que tu as cassé la dame de la cheminée'.

Hurlement à nouveau. Pourtant, je n'ai pas haussé la voix, je n'ai pas pris l'air fâché, je lui ai juste exposé ce fait d'un ton posé en la regardant dans les yeux. Alors pourquoi se met-elle dans cet état? Pourquoi est-elle si effrayée à l'idée d'avoir fait une bétise? Dans son regard, je lis la peur- la peur de nous décevoir. La peur qu'on ne l'aime plus.

Nous n'avons (presque) jamais crié sur elle, encore moins donné de fessée ni même de 'petite tape' sur la main. Ce ne sont pas là nos principes éducatifs. Nous essayons-je dis bien essayons, parce que ça n'est pas facile tous les jours- d'appliquer une éducation non violente -et par violente nous n'entendons pas que la violence physique. Certes, il nous arrive de hausser le ton. Nous lui imposons un cadre strict, des règles à respecter, nos exigeons d'elle une obéissance sans faille. Mais toujours dans la bien-veillance, la bien-traitance (je mets volontairement un trait d'union). Nous la savons hyper-sensible, et surveillons donc nos moindres paroles, dédramatisons au maximum ce qui n'est pas grave- d'ailleurs pas grand chose ne l'est finalement. Nous acceptons ses émotions, sa colère quand elle en a. Nous lui demandons juste de s'isoler quand elle arrive, afin que toute la Tisanerie n'ait pas à la subir. Une fois calmée, elle peut revenir parmi nous.

Il n'est pourtant pas facile de trouver le bon dosage, entre fermeté sur les règles à respecter et une certaine élasticité sur le comportement à adopter. Comment lui faire comprendre que ce qu'elle a fait (et je ne parle pas que de l'incident de la dame de la cheminée) n'est pas bien, sans pour autant dramatiser les faits? Il me semble -je dis bien me semble, car je passe certainement à côté de quelque chose- tout mettre en oeuvre pour qu'elle ait confiance en elle et en nous. Je la rassure en permanence sur notre amour- indéfectible- quoiqu'il arrive- quoiqu'elle fasse. Et pourtant, son angoisse est tellement perceptible au quotidien. Quand elle est absorbée par une activité et que je l'interpelle, je la vois sursauter et, très furtivement, une crainte passe dans son regard. Je l'imagine en train de penser 'quoi... j'ai fait quelque chose de mal?'. Et cette ombre furtive me fend le coeur...qu'ai-je donc fait pour que ma propre fille soit à ce point sur ses gardes?

A l'heure où je vous écrits, je suis pleine de doutes et d'interrogations. Sommes-nous responsables de cette envie- ce besoin, même- d'être irréprochable? Lui avons-nous mis trop de pression sans le vouloir? Comment lui faire comprendre qu'elle peut être elle-même et qu'elle ne nous décevra pas pour autant? Comment lui permettre d'accepter son imperfection? Je n'ai aucune envie de la voir grandir avec tout ce poids sur ses si petites épaules. J'ai juste envie qu'elle soit bien, en harmonie avec elle-même, sans avoir à chercher en permanence l'estime de ses parents. Si vous avez des pistes...je suis preneuse....

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