Après avoir été sans voix hier, je suis perplexe aujourd'hui.

Réveillée ce matin, comme tout le monde, avec une gueule de bois, avec le ventre encore noué de ces atrocités, mais pleine d'espoir. L'élan de solidarité qui a monté tout au long de la journée d'hier me faisait encore croire que l'amour est plus fort que la haine. Qu'ensemble, nous vaincrions, qu'il ne servait à rien d'avoir peur.

Et puis, le hasard des emplois du temps a fait que j'ai eu mes segpa pour la minute de silence. Ils ont été clairs dès le départ: 'Y'a pas moyen, on la fera pas'. 'Ils n'ont eu que ce qu'ils méritent, on dessine pas le prophète'. 'Et puis, tous ceux qui écrivent Je suis Charlie, c'est que des sales racistes.' 'Un jour, j'irai en Syrie, et je ferai des massacres".

Mes idées humanistes et moi sommes restés là, sonnés, sur le banc de touche. Nouveau coup de poing dans la tronche. Peut-être encore plus brutal que celui d'hier. Consciente que ces déclarations n'avaient pour fondement que la bêtise et l'inculture, j'ai bien évidemment tenté de faire entendre ma voix, de leur parler de la liberté d'expression, j'aurais tellement voulu entendre clamer  un Ô capitaine mon capitaine du fond de ma classe (enfin, juste un 'c'est vrai Madame, vous avez raison , les types qui ont fait ça sont des gros connards' m'aurait amplement suffit). J'étais face à un mur et je n'avais pour le détruire que le crayon que je tenais à la main.

Autant vous dire que le mur est toujours là. Mais mon crayon aussi.

crayons

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PS: je vous rassure tous les autres élèves du collège se sont comportés dignement. Mais il ne suffit que de deux, ou trois, n'est-ce-pas...